De faux journalistes enlevés
July 15, 2009 by Martin Smith
(QT) Dans le sud de la capitale somalienne, Mogadiscio, deux agents du gouvernement
français ont été enlevés dans l’hôtel où ils logeaient par des hommes armés portant des uniformes gouvernementaux.
Le ministère français des Affaires étrangères a immédiatement mobilisé l’ambassade de Nairobi et les services d’État concernés. Les deux hommes étaient en « mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien » pour aider le gouvernement de transition du président Cheikh Charif.
Cette information a été confirmée par le Quai d’Orsay dans l’après-midi, alors que les cérémonies soulignant la fête nationale du 14 juillet battaient leur plein.
Ils devaient, entre autres, entraîner des membres des services de sécurité du président somalien. Les enlèvements ne sont pas rares dans ce pays où une guerre civile dure depuis maintenant 18 ans.
Plus tôt, le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, s’était contenté de déclarer devant des journalistes qu’ils étaient « en mission ».
Le ministère n’a donné aucune précision sur l’identité de ces hommes et n’a pas indiqué s’il s’agissait de militaires ou de civils.
Mardi soir, l’enlèvement des deux hommes n’avait pas été revendiqué. Ainsi, les véritables motivations des ravisseurs, qui n’ont pas formulé de demande de rançon, restent encore floues.
Toutefois, selon des responsables somaliens cités par l’AFP, des pourparlers ont été entamés pour tenter de faire libérer les deux Français.
Un haut responsable gouvernemental somalien indiquait plus tôt mardi sous couvert d’anonymat que les deux étrangers enlevés travaillaient pour l’armée française et plus précisément pour le renseignement. Ils étaient en mission de formation de l’armée gouvernementale.
De son côté, un responsable de l’Union africaine (UA), qui dispose d’un contingent de 4300 soldats de maintien de la paix à Mogadiscio, a annoncé que l’UA avait ouvert une enquête.
De faux journalistes
Reporters sans frontières (RSF) a exprimé par voie de communiqué son indignation face au fait que les deux hommes s’étaient inscrits à leur hôtel comme journalistes. C’est ce qu’affirment tant le gérant de l’hôtel Sahafi (qui signifie hôtel des journalistes en arabe) qu’un policier somalien.
« Être journaliste n’est pas une couverture. C’est un métier. Ces deux conseillers, dont nous souhaitons bien sûr la libération rapide, étaient en mission officielle et n’avaient pas à recourir à ce procédé pour se couvrir. Leur attitude met les journalistes en danger dans une région où ils le sont déjà », soutient RSF.
Selon l’hôtelier et un témoin de l’enlèvement, cités par l’AP, Abdi Mohamed Ahmed, propriétaire d’un salon de thé situé en face de l’hôtel, une dizaine d’assaillants sont arrivés à bord d’une voiture.
Désarmant les gardiens de l’établissement, ils se sont immédiatement dirigés vers la chambre occupée par les deux hommes. Selon l’hôtelier, ils devaient ainsi savoir où ils se trouvaient. Il a précisé que les miliciens se sont alors « saisi des deux journalistes français » et les ont fait entrer « dans leur voiture avant de partir en trombe ».
La police somalienne a annoncé avoir retrouvé l’un des véhicules utilisés par les ravisseurs, et ce, plusieurs heures après l’enlèvement.
Une ville qui n’est pas de tout repos
Mogadiscio est l’une des villes les plus dangereuses au monde. Lorsque des étrangers s’y rendent, ce qui est de plus en plus rare, ils circulent en convoi avec des gardes armés. En effet, les enlèvements de journalistes ou d’humanitaires afin d’être échangés contre une rançon se sont multipliés en Somalie au cours des dernières années.
L’insurrection islamiste radicale s’est également intensifiée ces derniers mois. Diverses factions combattent le fragile gouvernement soutenu par les Nations unies à Mogadiscio. Les combats faisaient rage ces derniers jours dans la capitale somalienne, d’où les Tribunaux islamiques avaient été chassés du pouvoir il y a deux ans et demi par l’intervention militaire de sa voisine, l’Éthiopie.
Le printemps dernier, la France s’était engagée à former à Djibouti, où elle dispose d’une base permanente de 2900 hommes, un bataillon de l’armée somalienne constitué de 500 hommes. À l’origine, cette formation devait débuter en septembre. Avec la dégradation de la situation à Mogadiscio, les préparatifs se sont accélérés. C’est pourquoi elle devrait débuter en août à Djibouti.
La Somalie est en proie à une instabilité politique récurrente. Il n’y a plus de gouvernement central en état de diriger le pays depuis 1991.
Enlevés le 23 août 2008, la journaliste canadienne Amanda Lindhout et le photographe australien Nigel Geoffrey Brennan sont toujours détenus par leurs ravisseurs.
De plus, quatre employés européens de l’ONG française Action contre la faim et leurs deux pilotes kenyans sont toujours otages. Ils ont été enlevés au début de novembre dernier.(suite sur Radio-canada.ca )
Source Media: Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et RFI & Article installé par Martin Smith pour LeQuebectimes.com

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